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Séance du 8 février 2016 : L'Islam médiéval : ressources académiques en ligne


Intervenants

* Jean-Charles Coulon (Chargé de recherches à l'Institut de Recherche et d’Histoire des Textes - IRHT-CNRS)
* Dominique Valérian (Professeur d'histoire médiévale, Université Lumière-Lyon 2 - UMR 5648 CIHAM)


Résumé

La séance s’est organisée en deux temps :

 

Introduction réflexive sur les sources et ressources disponibles sur internet et utilisables dans un cadre pédagogique

Dominique Valérian commence sa présentation en rappelant l’existence du site de médiévistes Ménestrel, dont une rubrique porte spécifiquement sur l’Islam médiéval. Recensant des instruments validés scientifiquement par des universitaires, le site cherche depuis quelques années à mieux s’ouvrir à un public plus large que le strict monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, en direction des enseignants du secondaire, des élèves et du grand public.

Des nombreux cas de ressources sur le Moyen Âge où il est parfois difficile de distinguer les productions utilisables dans un cadre pédagogique des productions non scientifiques, l’Islam est certainement le meilleur exemple. Outre les questions spécifiquement idéologiques ou identitaires, comme lors du débat sur le programme du secondaire où certains estimaient trop grande la place dévolue à l’Islam, les attentats de 2015 ont fait apparaître des questions plus particulièrement politiques, comme s’il était urgent de se préoccuper du savoir sur l’Islam. Et on a vu le souhait de développer la parole scientifique via, par exemple, un appel à propositions CNRS « Attentats-recherche », l’annonce de la création de postes sur l’islamologie et l’islamisation par le Ministère de l’enseignement supérieur ou encore un forum sur l’enseignement de l’histoire prenant en compte l’Islam et monde arabe. Mais l’inquiétude dans le monde enseignant est plus ancienne : quels sont les outils utilisables pour enseigner l’Islam et a fortiori l’Islam médiéval, alors que la période médiévale cristallise tous les débats, présentant l’Islam au mieux comme un bloc immuable depuis sa fondation, au pire comme un mouvement fondamentalement violent et hostile à la démocratie ?

Or, la contradiction est patente entre le discours historicisé sur les origines de l’Islam et le discours dominant. Une simple recherche [« croisade et djihad »] sur Google - qui est, rappelons-le, le principal voire unique mode d’accès à l’information du grand public ou des élèves -, montre combien il est difficile pour le public non averti de faire le tri, de hiérarchiser voire de valider les résultats obtenus. Et à moins de savoir où chercher, ou de dépasser les premières pages de résultats (les plus « populaires »), difficile de trouver des ressources pédagogiques critiques…

Mais même les ressources pédagogiques disponibles sont parfois inégales, et pas toujours adaptées à tous les publics. Parmi les grandes catégories, on peut citer :

  • les ressources créés spécifiquement par des enseignants du secondaire, qui proposent généralement de nombreuses ressources, documents voire réflexions méthodologiques, dans un but avant tout pratique : avoir de la matière pour faire cours sur les thèmes des programmes du secondaire et les débats en cours (ex. : la figure du prophète, les débuts de l’Islam…). Ex. : J.-M. Supervie sur les débuts de l’Islam, E. Giniès, V. Marcon et J.-L. Kharitonnoff ;
  • les ressources produites par des universitaires. On peut prendre pour cela l’exemple de la figure de Mahomet. Si certaines sont créées spécifiquement par des chercheurs pour un public d’enseignants (ex. : A.-L. de Prémare ou J. Chabbi sur Eduscol), trop de ressources de contenu scientifique nécessitent cependant un niveau de compréhension les réservant plutôt à un public d’enseignants et d’étudiants que d’adolescents (ex. : B. James ou D. Baloup sur Ménestrel). On notera cependant l’intérêt des ressources académiques pour se tenir au courant des évolutions de la recherche, via les critiques de livres ou les « carnets de recherche » (ex. : Les carnets de l’IFPO). Certains sites plus inattendus sont également possibles, comme des sites de … voyagistes (ex. : J. Chabbi pour Clio) ;
  • Wikipédia : on connaît les reproches que l’on peut faire à cette encyclopédie : les articles ne sont pas signés et sont mouvants. Mais on rappelle que l’organisation de la communauté derrière Wikipédia permet une surveillance des modifications, une protection des pages les plus polémiques (ex. : « Mahomet ») et la mise en avant d’articles de qualité. Dans le cas de l’Islam médiéval par exemple, certaines pages sont très bien faites (ex. : « Historicité de Mahomet ») ; par ailleurs, les articles permettent souvent d’élargir à d’autres ressources, comme des compléments d’informations (rubriques Annexes, Bibliographie, Articles connexes, Liens externes) ou des points de vue différents via les versions linguistiques d’un même article (ex. : « Saladin » dans sa version française ou sa version anglaise). Enfin, dans la mesure où la qualité de l’encyclopédie est également liée à la masse critique de contributeurs, les échanges entre les participants mentionnent plusieurs exemples de travaux universitaires de L3 ou de masters dont le but était de rédiger un article pour Wikipédia ainsi que des projets de Wikipédiathon, soulignant ainsi la responsabilité du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche en direction de la diffusion des savoirs vers les publics peu visibles ;
  • les ressources pédagogiques, comme les expositions virtuelles de la BnF, le portail Education du groupe France Télévisions ou encore les dossiers de l’Institut européen en sciences des religions qui proposent souvent une sélection de textes et d’images, en grand nombre, mais peu voire pas référencées (ex. : « Muslim depictions of Muhammad »). Une des difficultés de ce type de ressources est également de pouvoir proposer des accès par niveau scolaire ; la revue L’Histoire, par exemple, mène une réflexion de ce type.

A côté de ces ressources larges, D. Valérian signale des ressources portant plus spécifiquement sur des questionnements et débats posés par l’Islam ou l’enseignement de l’Islam : l'article d’O. Saaidia sur le fait religieux musulman, le contenu multimédia de la Fondation Arkoun ainsi que l’intervention d’A. Nef sur l’enseignement de l’histoire de l’Islam médiéval en France, auxquels on rajoutera l'article de N. Baggioni-Lopez sur l’enseignement des débuts de l’Islam dans le secondaire.

Enfin, des outils de travail peuvent être utiles pour préparer un cours, ou comme supports pédagogiques :

 
Présentation de ressources numériques pour l’histoire arabe et islamique médiévale

Jean-Charles Coulon prend ensuite la parole pour présenter les principales ressources numériques francophones :

  • le portail OpenEdition : portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales développé par le CLEO (Centre pour l’édition électronique ouverte), il propose en priorité des ressources francophones mais donne également la possibilité de publier des articles en arabe par exemple. Très bien référencé sur les moteurs de recherche, et assurant une bonne visibilité de la recherche SHS francophone y compris à l’étranger, il est interrogeable via le moteur scientifique Isidore. Il se décompose en quatre grandes parties :
    • OpenEdition Books : comme son nom l’indique, c’est la partie livres électroniques du portail OpenEdition (2 700 livres, 51 éditeurs). Elle héberge les versions nativement numériques ou numérisées d’éditeurs de ressources papier ou numériques. Si la moitié du contenu est disponible en libre accès, et permet notamment la lecture en ligne, pour l’accès aux ressources payantes ou pour certaines fonctionnalités freemium (téléchargement du PDF), on se tournera vers sa bibliothèque ou son centre de documentation qui dispose souvent d’abonnements. Dans le domaine de l’islam médiéval, à côté des classiques Presses de l’IFPO (Institut français du Proche-Orient), avec notamment les grands travaux d’islamologie depuis les années 1950, CNRS éditions, Collège de France, Editions de la Bibliothèque nationale de France, Editions de la Maison des sciences de l’homme, Editions de l’EHESS, Publications de la Sorbonne, on notera le CEDEJ – Egypte/Soudan plutôt contemporain, le Centre Jacques-Berque pour le Maroc et le Maghreb ou encore l’IFEA (Institut français d’études anatoliennes). A noter, l’arrivée prochaine des Presses de l’INALCO ;
    • Revues.org : comme son nom l’indique également, c’est le portail revues (425 revues), plutôt francophones et sciences humaines et sociales, d’OpenEdition. Qu’elles soient nativement numériques ou ici de revues papier, les revues du portail sont des revues scientifiques avec comité de lecture. Comme il peut y avoir une éventuelle barrière mobile, on se tournera là encore vers sa bibliothèque ou son centre de documentation pour pouvoir accéder aux derniers numéros que ne seraient pas en libre accès. C’est là que l’on trouvera, entre autres, le Bulletin d’études orientales, Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, les Mélanges de la Casa de Velázquez ou encore le projet encore en cours de l’Encyclopédie berbère ;
    • Calenda : c’est le calendrier des événements en lettres, sciences humaines et sociales (appels à contribution ; colloques ; séminaires ; bourses, prix et emplois…). Outil de veille utile, notamment via la présence de flux RSS, cette plateforme est certes intéressante pour diffuser des annonces, mais a aussi une fonction d’archivage ;
    • Hypothèses : plateforme de blogs scientifiques, dits autrement « carnets de recherche », cette partie héberge actuellement 1 480 carnets :
      • des blogs d’institutions, comme celui de l’IFPO déjà cité. Ce genre de blog est intéressant notamment pour faire de la veille : le blog de l’IISMM (Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman) remplace ainsi un ancien bulletin électronique et propose annonces, colloques, publications… Ces blogs institutionnels, tenus à plusieurs, sont un excellent moyen de s’entraîner à cette forme particulière de la communication scientifique, avant de se lancer avec son propre blog, comme le montre le blog de l’IREMAM (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman). Certains, enfin, peuvent être tenus par des bibliothécaires, comme le blog de la BULAC,
      • des blogs construits autour de projets de recherche, comme Kalîla wa Dimna sur des manuscrits à peinture, avec la limite cependant que ces blogs sont souvent circonscrits à un projet et qu’ils peuvent manquer de pérennité,
      • des blogs d’association, et comment ne pas citer Diwan, de l’association des doctorants en histoire des mondes musulmans médiévaux,
      • des blogs de chercheurs ou doctorants. Citons, parmi d’autres, Culture et politique arabes plus contemporain ou L’Encens et la myrrhe pour le Moyen Âge.
        Parmi les éléments qui font des carnets d’Hypothèses des outils académiques, on notera que lorsqu’un blog n’est plus alimenté voire s’arrête, il peut être archivé par Hypothèses et reste toujours accessible. Par ailleurs, un billet de blog peut être cité comme une référence bibliographique – d’ailleurs, certains blogs proposent la citation toute prête. Exemple pour cet article des Carnets de l’IFPO : Vanessa Van Renterghem, « La représentation figurée du prophète Muhammad », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypothèses.org), 29 octobre 2012. [En ligne] http://ifpo.hypotheses.org/4445.
        Les blogs présentent un certain nombre d’intérêts pour les chercheurs. D’abord, leur aspect moins contraignant que les articles dans les revues permet de mettre en valeur la recherche en temps réel. Ensuite, ils jouissent souvent d’une visibilité sur internet. Enfin, ils peuvent être reconnus comme une publication en série et se voir attribuer un numéro ISSN, pouvant fonctionner comme un label qualité.

J.-C. Coulon présente ensuite plus particulièrement les ressources concernant les manuscrits médiévaux et les projets de numérisation à ce sujet. Après avoir mentionné l’intérêt particulier du MELCom International (Middle East Libraries Committee), l’association européenne des bibliothécaires spécialisés sur le Proche et le Moyen Orient, pour ses annonces (bilingues français/anglais), son colloque annuel et l’onglet spécifique de son site dédié aux « Manuscripts », il rappelle que, pour la France, deux outils sont à connaître absolument pour les manuscrits numérisés :

S’inspirant de son expérience personnelle puisqu’il a travaillé à la BULAC, J.-C. Coulon aborde également les enjeux scientifiques de la numérisation de manuscrits, qui justifient le temps nécessaire à la mise en ligne des manuscrits.

Issu du fonds ancien de la bibliothèque lié aux enseignements de l’école de « Jeunes de langue » depuis le XVIIe siècle, le fonds de la BULAC se compose actuellement de 650 manuscrits, 1 800 si l’on prend en compte les différents fragments, tant outils d’apprentissage des langues que cahiers d’élèves, ouvrages littéraires, juridiques ou historiques qu’ouvrages de sciences occultes [--> historique sur le site de la BULAC et PPT de J.-C. Coulon]. Comme ces fonds de manuscrits restent finalement mal connus en l’absence de catalogues imprimés ou publiés, le premier travail est de passer ces catalogues sous format numérique. C’est un travail important car il nécessite en parallèle une mise à jour des informations pour les appliquer aux normes de description et de catalogage actuelles. Problème, les normes et les instructions de catalogues pour la France ne sont pas toujours bien adaptés aux alphabets non latins (translittération ou non ; dates cf. ère hégirienne) : certains éléments de translittération retenus selon la norme de translittération ISO ne sont pas dans les systèmes de translittération de base ou encore le choix du format UNIMARC pose des problèmes pour la normalisation du nom de l’auteur, parfois peu compatibles avec les questions linguistiques, sans même parler de la cohabitation de notices produites à différentes périodes chronologiques de catalogage et donc de normes (possibilité de double translittération). Dans ces conditions, il peut arriver que le bibliothécaire ajoute une image complémentaire pour pouvoir présenter le titre dans le catalogue. Le chercheur aura alors tout intérêt à se reporter directement aux anciens catalogues papier, d’une part, parce que même catalogué un ouvrage peut être difficile à trouver dans le catalogue en ligne (un document mal catalogué est quasiment invisible) et d’autre part, parce que ce long travail est souvent encore en cours : on estime qu’à la BULAC, 70 % des ouvrages antérieurs à 1970 ne sont encore catalogués que sous format papier. Le catalogue collectif SUDOC par exemple n’est donc absolument pas exhaustif. C’est seulement après cette première étape de (re)catalogage que peut se faire la numérisation. L’exemple de la BULAC montre bien combien l’offre de manuscrits numérisés disponibles sur internet est mineure par rapport à l’existant.

Parmi les projets importants de numérisation de manuscrits arabes, citons :

  • l’IRHT, avec par exemple le projet sur la bibliothèque confrérie alawite en Algérie qui doit être signalée dans la BVMM (Bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux) ;
  • les manuscrits de Tombouctou, au vu de l'urgence locale évidente, mais qui donnent la priorité au patrimoine local ;
  • le catalogue AlKindi de l’IDEO (Institut dominicain d’études orientales) qui met en œuvre les nouvelles normes de catalogage FRBR et RDA. Contrairement au mode de catalogage actuel, centré sur la description d’un ouvrage physique, ces nouvelles normes reposent sur une conceptualisation autour de la notion d’« œuvre », indépendante des variantes linguistiques ou éditoriales. Le but est de proposer pour chacune de ces « œuvres » une fiche unique (ex. : les Mille et une nuits) à laquelle rattacher ensuite les différentes versions linguistiques (ex. : version arabe, version française…), puis les différentes éditions (ex : version universitaire, version pour la jeunesse…) et les œuvres qui y sont associées (ex. : commentaires, ajouts, réfutation…), et enfin les exemplaires matériels. Basé sur cette construction particulière qui permet de bien mettre en relation différentes versions d’un même texte, AlKindi sera à terme sans doute plus utile que Calames pour les manuscrits arabes.

Que retenir de ces projets de catalogage et de numérisation pour le chercheur ? Elément positif évident, ces projets favorisent un accès très large aux manuscrits et permettent de redécouvrir des fonds inédits. Mais, revers de la médaille, ces initiatives dispensent de plus en plus d’établir de vraies éditions critiques ; on se contente de citer, sans véritable travail comparatif, sans compter qu’il manque souvent les éléments codicologiques, par exemple la mention du support ou du filigrane utile pour la datation. Dans le domaine des éditions critiques, elles concernent pour l’instant notamment l’Afrique subsaharienne, longtemps ignorée. On pourra ainsi noter le projet d’édition critique VECMAS Tombouctou de l’ENS Lyon, mais ces éditions de texte sont parfois de qualités inégales.

Dernier élément, le retard concernant le catalogage et la numérisation des manuscrits arabes par rapport à d'autres types de documents ou de langues. Il est vrai, certes, que beaucoup d’entre eux sont conservés dans des bibliothèques privés ou des confréries, non accessibles et sans catalogue. Mais même si les bibliothèques et centres de recherche développent de plus en plus de projets tournés spécifiquement vers les manuscrits, beaucoup reste à faire : on ne dispose pas de catalogue mondial pour les manuscrits qui serait le pendant du catalogue mondial WorldCat pour les imprimés. Notons cependant le site en arabe Wadod.com qui propose de nombreuses publications numérisées (catalogues, ouvrages, revues scientifiques comme celles des académies des lettres arabes, beaucoup d’éditions de sources…).

Concernant la formation, citons, pour terminer, les activités de l’Al-Furqan foundation qui, outre les quatre volumes du World survey of islamic manuscripts, propose un outil de recherche en ligne mais aussi des stages à la codicologie islamique. D’autres formations sont également possibles via l'Islamic manuscript association, qui organise également un colloque et publie le Journal of islamic manuscripts chez Brill, et, pour la France, via le projet de stage d’initiation conjoint IRHT-BULAC.

 

 

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